Julie

Certaines font du tapage. Julie Zenatti, elle, continue sa carrière à pas de loup. Seule, et du coup unique, elle ne "fraie" pas avec la cohorte.
Méfions-nous des loups. Et surtout de cette louve-là, enfermée en secret avec sa petite meute (d'auteurs, de compositeurs, de musiciens), et qui nous livre un nouvel album sans concessions à la mode du moment, en totale cohérence avec le précédent.
Même exigence, même paradoxe : Julie Zenatti chante doutes et blessures d'une voix cristalline et de plus en plus maîtrisée.

De la chanson française, Julie Zenatti a choisi la part d'ombre fertile, secrète, de l'âme féminine, tandis que d'autres papillons se brûlent les ailes à des soleils trompeurs.
Comme la lune changeante, elle se masque et se démasque au fil de ses chansons.
Phase la plus sombre, invisible, timide croissant, demi-lune hésitant entre le néant et la lumière, zones d'ombres traversées parfois d'un rayon de soleil... Julie varie.
Lune d'hiver mystérieuse, avec sa face cachée, Julie Zenatti retrouve d'instinct le symbole de la femme, l'astre fétiche de ses émotions...

Ses chansons ne parlent que d'elle, et de "toi", de "lui", de "l'autre".
L'autre est tour à tour un songe, un danger, un espoir, une silhouette brumeuse qui cherche à s¹incarner dans un homme idéal, impossible double qui saurait la comprendre. Lune cherche soleil.
Et pour se voir "dans les yeux d'un autre", ce sont des hommes que Julie - qui a cosigné neuf titres - a choisis pour peindre son âme en musique et paroles : Jacques Veneruso, Bernard di Domenico, Jacques Lanzmann, Maxime le Forestier, Nathaniel Brendel...
Un album qui est aussi celui de la complicité avec un autre artiste pour qui voix et émotion ne font qu'un : Patrick Fiori.

Avec une base épurée (piano, guitare, basse, batterie), des arrangements sobres et justes, conçus pour servir d'écrin à sa voix, Julie Zenatti prend à contrepied la production ambiante.
Et si l'album fait la part belle au "piano-voix" (Dans les yeux d'un autre, Une femme qui sommeille, Ma vie est la tienne souligné de cordes signées Carolin Petit), il se relève parfois d'une note orientale (Ensemble) ou presque folk-rock (C'est du vent, J'en doute).

A ces chansons aux sentiments comme givrés, cherchant à se réchauffer à la flamme pure de la voix, aux espoirs fragiles portés par les mots, chacun a apporté sa note. De la plus sombre (Inconsolable ) à la plus intime (Je glisse : "sur les plaies de l'âme je passe et j'espère"), et c'est Maxime le Forestier qui offre à Julie en clin d'oeil la note de légèreté (C¹est moi qui sonne ou la complainte d'un portable!) qu'elle assume d¹une voix enjouée.
Des textes dont les thèmes balancent toujours entre volonté d'aimer (Je veux t'emmener en amour) et doute ("est-ce qu'on m'aimera?", Dans les yeux d'un autre)
Et si Julie Zenatti ose livrer ainsi une sensibilité blessée, c¹est qu'elle est sûre de trouver en nous un écho à ses propres failles...

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